Le CSF

2000-2002 Etude de l’ensablement en Mauritanie

Le problème de l’ensablement

A l’aube d’un nouveau millénaire, alors que l’on ne nous parle que de progrès technologiques, certains problèmes naturels persistent et menacent de se transformer en de véritables désastres écologiques et humains.

Les pays du Sahel souffrent de l’avancée du désert. Le vent, associé au sable, fait figure du pire ennemi. En effet, les ¾ de la Mauritanie sont recouverts par les dunes. Le problème va en s’amplifiant : il provoque la coupure des fleuves et des grands axes routiers. La Mauritanie se retrouve ensevelie et les villageois sont contraints de quitter leurs villages pour se réfugier dans les villes.

Afin de sensibiliser nos concitoyens, essayons de leur faire imaginer que se couchant le soir, le lendemain matin ils ne peuvent ouvrir leur porte : une dune a recouvert leur maison ou ils ne peuvent accéder à leur voiture engloutie par une masse de sable. Ou encore, autre exemple, l’autoroute, la rivière peuvent être recouvertes par une avancée de sable. Ces images un peu fortes sont le quotidien des habitants du Sahel.

Les mauritaniens, dans leur lutte contre l’ensablement, ont des méthodes ancestrales appelées carroyage. Elles consistent à planter des arbres sur les dunes pour filtrer le vent rempli de sable. Ces méthodes sont moyennement efficaces car les dunes ne retiennent pas l’eau , de plus elles avancent et les arbres n’arrivent pas à s’enraciner.

Maison ensablée

 

Maison détruite par l’avancée du désert

Origine du projet

Nous avons rencontré Monsieur Jean Tensi, responsable des souffleries de l’ E.N.S.M.A, qui était en relation avec Monsieur Jean Meunier, un ancien ingénieur agronome et directeur de l’ O.N.G (organisation non gouvernementale) BOFIX basée en Mauritanie, cette organisation lutte contre l’ensablement des villes et des villages.

Une de nos membres, Anissa Triki a rencontré Monsieur Jean Meunier pendant les vacances de la Toussaint 2000. Il lui a expliqué le but de son action et ce qu’il attendait de notre partenariat

L’action BOFIX

L’ O.N.G BOFIX est basée à Nouakchott, où Monsieur Meunier effectue ses recherches. Dans une interview qu’il a donnée au Figaro le mercredi 24 janvier 2001, nous apprenons que l’oasis de Chinguetti est presque ensevelie par le sable. C’est un grave problème car la Mauritanie a connu une période de sécheresse et il faut de l’eau pour arroser les arbres plantés sur les dunes.

Carte de la Mauritanie permettant des situer les villes

 

Piège à sable de Jean Meunier

Notre action

Nos divers échanges avec Jean Meunier nous ont permis de cibler l’aide que nous étions en mesure d’apporter à l’O.N.G.

Les effets du vent sont utilisés afin de positionner les dunes aux endroits souhaités. Dans ce cadre, notre action porte sur des essais en soufflerie, associés à des relevés expérimentaux sur le terrain. Les essais visent à mieux comprendre les interactions entre le vent et les dunes, afin de mettre au point des méthodes " simples " pour lutter contre l’ensablement. L’étude de ces phénomènes , d’un point de vue aérodynamique, s’inscrit dans un projet de recherche fondamentale sur le transport éolien du sable.

Nous avons donc commencé à réaliser des essais en soufflerie. Nous avons aussi présenté la Mauritanie et ce problème de l’ensablement au cours des différentes occasions proposées. Nous avons enfin concretiser notre action en effectuant des repérages sur le terrain lors d’un sejour de deux semaines à Paques 2002 d’une équipe de quatre membres du CSF.

Les premiers essais en soufflerie

Les essais ont été effectués dans une soufflerie de visualisation de l’ENSMA depuis le mois de mai 2001. Nous avons construit plusieurs maquettes en plastique pour simuler les dunes serpents et les dunes barkhanes.

La dune serpent :

Nous avons utilisé de la tôle ondulée pour simuler les dunes serpents, mais nous avons commis une erreur car la vallée est plus grande que la dune. Nous avons pu visualiser qu’une partie de l’écoulement était déviée et nous avons remarqué que des tourbillons se formaient dans la vallée emmenant une partie du sable. Nous avons fait des essais sur des dunes avec une incidence nulle, 30°, 60° par rapport à la direction du vent. Lors de notre rencontre avec M. Meunier, en juin 2001, nous avons appris comment se formaient ces dunes. Pendant 6 mois l’alizé maritime souffle dans la direction nord-ouest et pendant les 6 autres mois l’harmattan souffle dans la direction nord-est, ce qui engendre une incidence de 30 ° et 60°.

Ecoulement dévié dans la vallée

La barkhane :

Nous avons réalisé une barkhane avec des bandes de plastique, puis nous l’avons collée sur une planche de polystyrène. Nous avons ensuite comblé les trous avec du plâtre. Nous cherchons à mettre en évidence qu’il y a bien un écoulement tourbillonnaire à la sortie de cette dune. Ces deux tourbillons sont à l’origine de l’avancée de la barkhane. Nous allons chercher des moyens de briser cet écoulement de manière simple.

Ecoulement tourbillonnaire derrière la dune

Sur les dunes qui sont fixés, on peut ensuite planter les arbres qui, lorsque le système BOFIX est installé, peuvent jouer leur rôle de brise-vent correctement.

système brise-vent optimal

Sans le système BOFIX, le vent s’engouffre entre les troncs, est accéléré : le système brise-vent est inefficace.

Système brise-vent avant fixation.

Bilan

Nos visualisations d’écoulement autour des barkhanes avaient servis en 2001 a Mr Meunier et Mr Rognon pour mieux comprendre le déplacement des dunes. Ensuite, nous avons travaillé pour le laboratoire GMCM (Groupe Matières Condensées et Matériaux) de Rennes sur la dynamique et la morphologie des dunes entre 2001 et 2003. Nous avons étudié l’érosion d’un cône de sable dans les souffleries de l’ENSMA sous la tutelle de Jean Tensi. Ces études ont abouti sur 2 stages de 4 mois :

- le premier en 2002 portait sur l’étude de l’érosion de cône de différents diamètre. Cette étude a permis de tirer des lois d’évolution de la hauteur en fonction du temps. De plus, celles-ci devraient aider à créer un modèle numérique de l’erosion de tas de sable.
- Le second en 2003 portait sur l’interaction entre 2 cônes identiques sous un écoulement. L’etudiant a aussi travaillé sur la dynamique des rides (micro-dunes à la surface du sol). Ces essais vont de nouveau permettre la création d’un modèle numérique de l’érosion et l’interaction de tas de sables.

Notre projet s’est arrêté car il fait plus l’objet de stage de longue durée que d’un travail une fois par semaine. L’analyse des résultats est assez longue et donc nous devons l’effectuer sur plusieurs pour ne pas perdre le fil de la réflexion.

Pour en savoir plus vous pouvez contacter : Manuel Moreau Mmanoi@yahoo.fr